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Chanteuse,
danseuse, actrice…, elle s'est
révélée, ici autant qu'à l'étranger,
plus qu'un témoin, l'une des zélées
protagonistes d'un mouvement
culturel en pleine affirmation.
Fille du chanteur-compositeur
haïtien Auguste de Pradines, Ti-Candio,
Emerante, pour n'avoir connu, dès
son plus jeune âge, qu'une
chaleureuse atmosphère artistique
entretenue dans la maison familiale
et pour avoir eu par ailleurs, très
jeune, le privilège, rare à l'époque
de se frotter à la culture populaire
et au vodou, vit et laisse à voir
son parcours comme tracé d'avance.
Souvent enfant, Emerante chantait
avec son père. Aux acquis gagnés à
cet environnement de poésie, de
musique et de danse viendra se
greffer une formation musicale
parfaite sous la coupe de Lina
Mathon-Blanchet et avec René Bélance
comme introducteur de chant. Ainsi
donc, à 10 ans déjà, sans peine
aucune, elle fait ses premières
prestations à la radio en récitant
des poèmes dans une émission
culturelle. Plus tard, autour de
1942 - 1945, une présence assidue
sur scène la donne à apprécier aux
côtés des acteurs les plus réputés
et dans les grandes pièces de
l'époque dont Fifine et Toutou, La
Famille des Pitite-caille, Lococia,
Sanite Belair de Jeanne Perez (où
elle chantera sa première chanson
vodou sur scène), Le Baiser de
l'Aïeule de Dominique Hyppolite,
Barrières de Dorsinville(1)... C'est
aussi à cette époque que répondant
aux invitations répétées des
représentations étrangères en Haïti,
notamment celles des USA, du Chili,
de France…, Emerante de Pradines s'y
produira dans des spectacles de
danse ou de chant (où se révélera
d'ailleurs le talent de Martha
Jean-Claude qui l'accompagnait
souvent en seconde).
De toutes ces sollicitations, c'est
pourtant la danse qui, semble alors
gagner le cœur et l'avenir
d'Emerante. En 1947, une première
bourse d'études l'amène à New-York,
à l'Ecole de danse moderne et
primitive de Katherine Dunham où
elle apprend puis enseigne la
technique Dunham que, bientôt après,
de 1950 à 1954, elle introduit en
Haïti avec la fondation de La Troupe
haïtienne de danse. Dans l'euphorie
et la fièvre qu'on connaît à cette
époque, elle sera également membre
et actrice de la Société Nationale
d'Art Dramatique, directrice de la
section féminine de la Troupe
folklorique nationale (elle y
rencontre Lumane Casimir pour la
première fois en 1952) et trouvera
de temps du reste pour l'animation
de l'émission radiophonique «L'heure
de l'Art».
En 1954, une deuxième bourse de la
Fondation de Parapsychologie ravira
à Haïti, et pour plus d'une
trentaine d'années cette fois, la
dynamique Emerante. De retour à
New-York elle poursuit ses études
sur les techniques de danse moderne
à l'Ecole Martha Graham et
entreprend des travaux en
Anthropologie à Columbia University
où elle rencontre et épouse le
Professeur Richard McGee Morse. A
Porto-Rico, où elle est appelée à
l'Inter American University en 1960,
pour la mise au point d'un
curriculum de danse, plus tard, à
New Haven (Connecticut) où elle
fonde et dirige pendant près de
vingt ans une école de danse,
Emerante mènera une carrière
artistique et professionnelle dont,
dans son pays, on parlera que peu
même à son retour définitif à la fin
des années 80.
Depuis 1993, Emerante de Pradines
dirige avec son mari, l'Institut
haïtien de l'Amérique Latine et des
Caraïbes qu'ensemble ils ont fondé
et qui se propose d'étudier la
culture et les institutions de la
Caraïbe tout en établissant un
service d'échanges et de coopération
entre les pays de la Région.
Concerts:
New-York, Boston, Los Angeles, San
Francisco, Montréal, Québec, et New
Haven (Connecticut)
Disques:
Voodoo
Original Meringues (Remington)
Creole Folk songs of Haïti (Folkways
Records)
* Basé sur l'interview de Emerante
de Pradines par Peter Anderson Saint
Fleur.
(1) Georges Corvinton op cit, p234
et suiv.

Félix Morisseau-Leroy (Feliks
Moriso-Lewa) est né à Grand-Gosier (Haïti) le 13
mars 1912. Il étudie le droit à Port-au-Prince
puis enseigne à Jacmel. Auteur bilingue (français-créole),
il occupe une place de choix dans le corpus
littéraire haïtien.
Exilé au
Sénégal – comme ses compatriotes-écrivains Jean
Brierre, Gérard Chenet et Roger Dorsinville –
Morisseau-Leroy y travaille comme enseignant.
Ensuite, il se tourne vers l'Amérique du Nord et
s'installe à Miami avec sa famille où il tente
de regrouper des Haïtiens autour de leur
culture. Il est l'un des promoteurs les plus
importants de la langue créole. Son recueil
Dyakout I, paru en 1953, constitue l'oeuvre
fondatrice de la nouvelle littérature créole.
Il entreprend
la traduction d'une série d'œuvres classiques
afin de montrer la richesse du créole:
Antigone de Sophocle, 1953, Wa Kreyon,
1953. La préoccupation de Morisseau-Leroy, si
elle est poétique, elle est aussi sociale. Car
pour lui, écrire est une manière de communiquer
avec la majorité des Haïtiens, ségrégués,
puisqu'ils viennent de la paysannerie et surtout
parce qu'ils sont unilingues créoles. Écrire en
créole pour lui est un manifeste politique afin
que tous les Haïtiens participent de l'avenir de
leur pays.
Félix
Morisseau-Leroy est mort à Miami le 5 septembre
1998. Une rue de Miami, dans la zone de Little
Haiti, porte son nom. |