Aime Cesaire

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Le chantre de la négritude s'est éteint

Le poète et homme politique martiniquais, Aimé Césaire, s'est éteint jeudi à l'âge de 94 ans au CHU de Fort-de-France. La France promet d'organiser des obsèques nationales pour le chantre de la « négritude », dont le combat contre la colonisation avait trouvé des échos jusqu'en Afrique et aux Etats-Unis.

Figure emblématique des Antilles françaises, Aimé Césaire avait été admis le 9 avril au CHU de Fort-de-France, où il est décédé jeudi matin. Dès l'annonce de son décès, le cabinet du ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a fait savoir que des funérailles nationales seront organisées à une date qui reste à fixer.

L'Assemblée nationale devait observer une minute de silence à la mémoire de celui qui fut aussi le député ayant battu tous les records de longévité parlementaire de 1945 à 1993.

Selon l'équipe de l'hôpital Pierre Zobda-Quitman, où Aimé Césaire avait été admis pour des affections « de nature cardiologique », le décès est intervenu à 5h20 et la dépouille du poète a été restituée dès jeudi matin à sa famille.

Né en 1913 à Basse-Pointe au nord de la Martinique dans une famille de petits fonctionnaires, Aimé Césaire avait été confronté très jeune à la misère de la population rurale d'une île profondément marquée par deux siècles d'esclavage, qui avait alors le statut de colonie.

Césaire, chantre de la négritude

Etudiant à Paris dans les années 1930, il avait forgé avec le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon-Gontran Damas le concept de la « Négritude », la conscience de l'identité noire, la « fierté d'être nègre » et de revendiquer ses origines africaines.

La « négritude » avait rapidement débordé le cadre des seuls intellectuels français pour se répandre dans les pays colonisés, en Afrique, dans les Caraïbes, et au-delà chez les militants noirs américains qui luttaient de la jouissance de leurs droits civiques. Son message avait dès lors pris un caractère universel, notamment après la publication de son « Discours sur le colonialisme » (1950).

Les cérémonies devant aboutir à ses funérailles pourraient s'étaler sur trois jours, selon des informations recueillies dans les milieux proches de l'hôtel de Ville de Fort-de-France. Après une veillée familiale, un hommage devrait lui être rendu par la population rassemblée dans un stade de la ville, avant les obsèques nationales qui devraient rassembler de nombreuses personnalités, politiques et intellectuelles.

Les autorités locales envisageaient que le cortège transportant sa dépouille emprunterait les différents quartiers de la ville dont il a été le maire pendant 56 ans (1945-2001). Dès le week-end dernier, des travaux de peinture et d'embellissement avaient été entrepris à l'ancien hôtel de ville, où Césaire recevait encore des visiteurs quelques jours avant son hospitalisation, dans sa maison familiale de Fort-de-France et au siège du Parti progressiste martiniquais (PPM), qu'il avait fondé en 1958, après sa rupture avec le PCF.

Césaire et Haïti

De tous les combats contre le colonialisme et le racisme pendant 70 ans, l'auteur du « Cahier d'un retour au pays natal » a, en effet, consacré sa vie à la littérature et à la politique. Maire de Fort-de-France et député de la Martinique (1945-1993), Aimé Césaire faisait l'objet d'un véritable culte dans l'île où la population l'appelait affectueusement « Papa Césaire ».

Rentré en Haïti en 1944 pour une série de conférences, ce guerrier de l'imaginaire a rencontré des écrivains et des artistes. Il a gardé de ce séjour des souvenirs exaltants. L'histoire d'Haïti, selon ce dramaturge, est plus palpitante que l'histoire de son propre pays. Il a même écrit deux pièces sur Haïti, « La Tragédie du Roi Christophe » et « Toussaint Louverture », le premier des Noirs.

Venu à la politique « par hasard », disait-il, il avait notamment été en 1946 le rapporteur de la loi sur la départementalisation des territoires de Martinique, Guyane, Guadeloupe et de La Réunion.

Des éloges dignes d'un grand homme

A l'annonce de son décès, les chaînes de télévision locales ont interrompu leurs programmes pour diffuser de la musique classique ou afficher une photo du poète.

Le président Nicolas Sarkozy a salué en Aimé Césaire un « symbole d'espoir pour les peuples opprimés ». Le président de la République française note dans un communiqué qu'on « retiendra de lui qu'il est l'initiateur, avec Léopold Senghor, du concept de la Négritude. Ce fut un grand humaniste dans lequel se sont reconnus tous ceux qui ont lutté pour l'émancipation des peuples au XXe siècle ».

Le Premier ministre François Fillon a rendu hommage à un « représentant exceptionnel de l'engagement poétique et politique ». Ce proche d'André Breton « ne craignait ni la force des images, ni leurs ruptures. Il laissait naître de sa colère des chants puissants et durs. Il mettait ses mots au service de la lutte pour la dignité humaine, en particulier celle des peuples colonisés et humiliés ».

Mis à part Nicolas Sarkozy, le ministre de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, se rendra en Martinique pour les obsèques d'Aimé Césaire, ainsi que le secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jégo, qui s'est envolé jeudi pour Fort-de-France, et le secrétaire d'Etat à la Francophonie, Alain Joyandet.
Michèle Alliot-Marie a estimé jeudi qu'avec le décès d'Aimé Césaire, « c'est la voix d'un sage qui s'éteint » et « une part de l'âme martiniquaise qui disparaît ».

L'ancienne candidate à la présidentielle française de mai 2007, Ségolène Royal, a demandé l'entrée au Panthéon de cet « éclaireur de notre temps », et le secrétaire général de la Francophonie, le Sénégalais Abdou Diouf, a exprimé la « très grande émotion » de toute la « famille francophone ».

Ancien maire de Fort-de-France, chantre de la négritude et figure tutélaire de la politique martiniquaise, Aimé Césaire a été député de Martinique pendant près de 50 ans. Homme politique, écrivain, penseur, Aimé Césaire incarnait surtout à lui seul plus d'un demi-siècle de l'histoire de la Martinique. Cette figure type de l'engagement littéraire aura mis ses lettres au service d'un combat de toute une vie pour l'émancipation des Noirs.

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(1) Cf. Agence France Presse
(2) Cf. Associated Press
(3) Cf. Connais-tu ? Aimé Césaire, Editions Mémoire, Port-au-Prince, 2001, 24 pages.

 
 

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